Une étude menée à Cotonou et Abomey-Calavi s’intéresse à un aspect souvent peu visible du métier d’agent de sécurité : son vécu psychologique. En étudiant les liens entre motivation et estime de soi, des chercheurs de l’Université d’Abomey-Calavi invitent à regarder autrement les conditions humaines du travail de sécurité.

Agents de sécurité au Bénin

Un métier essentiel, mais peu étudié sous l’angle psychologique

Ils sont présents devant les banques, les entreprises, les établissements scolaires, les commerces, les administrations et de nombreux autres espaces publics ou privés. Pourtant, le métier d’agent de sécurité privée est généralement analysé sous l’angle de la protection des personnes et des biens.

L’article scientifique « Motivation et estime de soi dans le métier de sécurité privée à Cotonou et Abomey-Calavi » propose une autre perspective : celle de la psychologie du travail.

Publié en 2023 dans la revue Ziglôbitha, le travail est signé par Georges Mahunan Kuessi, Francis Tchegnonsi Tognon, Tata Jean Tossou et Patrick Y. Houessou, tous liés à des institutions universitaires béninoises.

La question centrale est simple : comment la motivation au travail est-elle associée à l’estime de soi chez les agents de sécurité privée ?

Pourquoi s’intéresser à la motivation ?

La motivation professionnelle ne renvoie pas uniquement au salaire.

Elle peut également être liée au sentiment d’accomplissement, à la reconnaissance, à l’intérêt porté au travail, au sentiment d’être utile ou encore à la satisfaction retirée de son activité.

Les auteurs mobilisent notamment la théorie de l’autodétermination, qui distingue différentes formes de motivation et s’intéresse aux besoins psychologiques fondamentaux de l’individu.

Dans cette perspective, comprendre ce qui pousse un travailleur à s’investir dans son activité permet également de mieux comprendre son rapport à lui-même et à son environnement professionnel.

Cotonou et Abomey-Calavi comme terrain d’étude

La recherche s’intéresse aux agents de sécurité privée exerçant dans les villes de Cotonou et d’Abomey-Calavi.

Ce choix permet d’observer une profession particulièrement présente dans les espaces urbains béninois.

L’étude s’inscrit donc dans une problématique concrète : derrière l’uniforme et la mission de surveillance se trouve un travailleur qui possède lui aussi des besoins psychologiques, des attentes professionnelles et une perception de sa propre valeur.

L’estime de soi au cœur de la réflexion

L’estime de soi désigne, de manière générale, la manière dont une personne évalue sa propre valeur.

Dans le monde professionnel, elle peut être influencée par plusieurs facteurs : reconnaissance, sentiment de compétence, relations avec les collègues et les supérieurs, conditions de travail ou encore perception de l’utilité sociale de son activité.

L’intérêt de l’étude est donc de considérer l’agent de sécurité non seulement comme un exécutant d’une mission de surveillance, mais comme un professionnel dont le rapport à son métier peut participer à la construction de son identité et de son estime personnelle.

Une profession qui demande engagement et disponibilité

Le métier de sécurité implique une présence régulière, une attention constante à l’environnement et la capacité à respecter des consignes professionnelles.

Les agents peuvent également être confrontés à des horaires contraignants et à des exigences particulières liées à leur fonction.

Dans ce contexte, la motivation devient une question importante pour les organisations de sécurité.

Un salarié qui comprend le sens de son activité, qui se sent reconnu et qui dispose de conditions professionnelles satisfaisantes peut être davantage disposé à s’investir dans son travail.

Mais cette relation ne doit pas être comprise de manière simpliste : la motivation ne dépend pas uniquement de la personnalité du travailleur. L’organisation, le management et les conditions d’emploi jouent également un rôle.

Ce que cette recherche apporte au débat sur le travail au Bénin

L’un des principaux intérêts de cette étude est de replacer la dimension psychologique au cœur de la réflexion sur les métiers de sécurité.

Les politiques de gestion des ressources humaines se concentrent souvent sur les compétences techniques, les horaires, la rémunération et les performances.

Or, le fonctionnement d’une organisation dépend aussi de facteurs moins visibles : sentiment de reconnaissance, confiance en soi, satisfaction professionnelle, relations interpersonnelles et motivation.

Cette approche rejoint une conception plus globale de la santé au travail dans laquelle le travailleur est considéré dans ses dimensions physique, psychologique et sociale.

équipe agent de sécurité

Une piste pour les responsables des entreprises de sécurité

Les résultats de ce type de recherche peuvent encourager les responsables à ne pas considérer la motivation comme une question secondaire.

La reconnaissance du travail accompli, la qualité des relations professionnelles, la communication avec les agents, la formation et les possibilités d’évolution peuvent contribuer à créer un environnement professionnel plus favorable.

Il ne s’agit donc pas simplement de demander aux agents d’être motivés. L’organisation doit également créer les conditions susceptibles de favoriser cette motivation.

Un intérêt particulier pour les entreprises béninoises

Cette étude possède également une portée plus large.

Même si elle porte sur les agents de sécurité privée de Cotonou et d’Abomey-Calavi, la problématique de la motivation et de l’estime de soi concerne de nombreux autres secteurs professionnels.

Dans une entreprise, un salarié peut disposer des compétences nécessaires pour accomplir son travail sans nécessairement se sentir valorisé ou reconnu.

À l’inverse, un environnement professionnel qui favorise la reconnaissance, l’autonomie et le sentiment de compétence peut contribuer à une expérience professionnelle plus positive.

Attention à ne pas confondre association et causalité

Comme pour toute recherche scientifique, les résultats doivent être interprétés avec prudence.

Le fait d’étudier le rapport entre motivation et estime de soi ne signifie pas automatiquement que l’une est l’unique cause de l’autre.

La relation entre ces deux dimensions peut être influencée par de nombreux autres facteurs : conditions économiques, relations professionnelles, histoire personnelle, statut social, management ou perspectives de carrière.

L’étude constitue donc surtout une contribution à la compréhension du vécu psychologique des agents de sécurité privée dans le contexte de Cotonou et d’Abomey-Calavi.

Une question finalement universelle

Derrière cette recherche se trouve une interrogation qui dépasse largement le métier de sécurité :

Peut-on durablement demander à un travailleur de donner le meilleur de lui-même sans s’intéresser à la manière dont il se perçoit et à ce qui donne du sens à son activité ?

La psychologie du travail rappelle justement que l’être humain n’est pas seulement une ressource destinée à produire. Il est aussi un individu qui cherche de la reconnaissance, de la compétence, de l’autonomie et un sentiment d’utilité. C’est peut-être là le principal enseignement que l’on peut retenir de cette recherche béninoise.

À retenir

L’étude « Motivation et estime de soi dans le métier de sécurité privée à Cotonou et Abomey-Calavi » apporte un éclairage original sur le vécu psychologique des agents de sécurité. En s’appuyant notamment sur la théorie de l’autodétermination, les chercheurs interrogent le rapport entre motivation professionnelle et estime de soi.

Au-delà du secteur de la sécurité, cette recherche rappelle une réalité fondamentale : la qualité de vie professionnelle ne dépend pas uniquement des conditions matérielles de travail. Elle dépend aussi de la manière dont le travailleur se sent reconnu, compétent et valorisé dans son activité.