Stress, santé psychologique, symptômes psychosomatiques : une étude menée auprès de 348 travailleurs du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique au Bénin montre que le bien-être au travail constitue un véritable enjeu de santé publique.
Le travail ne se résume pas à un salaire ou à une fonction administrative. Il constitue aussi un environnement dans lequel les individus passent une part importante de leur vie. Lorsque cet environnement devient source de pression ou de difficultés, la santé physique et psychologique peut être affectée.
C’est précisément cette question qu’ont étudiée Grégoire Magloire Gansou, psychiatre et enseignant-chercheur à l’Université d’Abomey-Calavi, et ses collègues dans une recherche consacrée à l’état de santé des travailleurs du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique (MESRS) au Bénin.
Une étude consacrée à la santé des travailleurs
Publiée en 2019 dans American Journal of Psychiatry and Neuroscience, l’étude porte sur 348 travailleurs du MESRS au Bénin. Les chercheurs ont cherché à apprécier différents aspects de leur état de santé, notamment la santé générale, la santé psychologique, la santé physique, le stress et les manifestations psychosomatiques.
Les auteurs considèrent le milieu professionnel comme un environnement susceptible d’influencer le bien-être psychologique des travailleurs. L’objectif n’était donc pas seulement de rechercher des maladies, mais aussi de comprendre différents indicateurs de santé dans le contexte professionnel.
Comment les chercheurs ont-ils procédé ?
Il s’agit d’une étude transversale, descriptive avec une visée analytique. Les chercheurs ont utilisé un échantillonnage non probabiliste par convenance.
Plusieurs outils ont été mobilisés : documentation, entretien, observation et échelles SATIN, un instrument permettant notamment d’évaluer différentes dimensions de la santé et du vécu au travail.
Les données ont ensuite été traitées à l’aide d’Excel et du logiciel statistique R.
Cette méthodologie permet de dresser un état des lieux à un moment donné, mais elle ne permet pas, à elle seule, d’affirmer qu’un facteur professionnel précis est directement responsable d’un problème de santé donné.
Une santé générale jugée bonne pour la majorité, mais pas pour tous
Les résultats montrent une situation contrastée.
Selon les données de l’étude, 57,5 % des travailleurs présentent un niveau de santé générale considéré comme bon. Mais 27,9 % se situent dans une catégorie moyenne et 14,7 % dans une catégorie mauvaise.
Autrement dit, même si plus de la moitié des participants présentent un indicateur général favorable, une proportion non négligeable se trouve dans une situation qui mérite une attention particulière.
Ces résultats invitent à ne pas considérer la santé des travailleurs uniquement sous l’angle de l’absence de maladie. Le bien-être professionnel doit également prendre en compte les dimensions psychologiques et physiques.
La santé psychologique : un indicateur à surveiller
Sur le plan psychologique, 71,6 % des travailleurs étudiés présentent un niveau considéré comme bon.
À l’inverse, 18,1 % se situent dans une catégorie moyenne et 10,3 % dans une catégorie mauvaise.
Ces chiffres ne constituent pas des diagnostics psychiatriques individuels. Ils correspondent aux catégories obtenues à partir des outils utilisés par les chercheurs.
Ils montrent néanmoins qu’une partie des travailleurs présente des indicateurs psychologiques moins favorables et que la santé mentale mérite d’être intégrée aux politiques de santé au travail.
Le stress professionnel apparaît également dans les résultats
L’étude s’intéresse également au stress.
Les chercheurs rapportent que 48,8 % des travailleurs présentent un niveau considéré comme bon, tandis que 37,7 % se trouvent dans une catégorie moyenne et 13,5 % dans une catégorie mauvaise.
Le résultat est important parce que le stress professionnel ne concerne pas seulement les professions traditionnellement considérées comme difficiles. Les activités administratives et intellectuelles peuvent également exposer les travailleurs à des contraintes susceptibles d’affecter leur bien-être.
La prévention du stress ne devrait donc pas être réservée aux situations de crise. Elle peut également passer par l’organisation du travail, la communication interne, la reconnaissance professionnelle et l’amélioration des relations entre collègues et responsables.
Des manifestations psychosomatiques chez certains travailleurs
Autre élément étudié : les symptômes psychosomatiques.
Selon les résultats rapportés, 59,2 % des participants se trouvent dans la catégorie considérée comme bonne, alors que 21,1 % se situent dans une catégorie moyenne et 19,6 % dans une catégorie mauvaise.
Les manifestations psychosomatiques rappellent que la frontière entre santé psychologique et santé physique n’est pas toujours étanche. Les tensions psychologiques peuvent notamment s’accompagner de manifestations physiques ou fonctionnelles.
Il faut toutefois éviter de conclure que tous les symptômes physiques observés chez ces travailleurs sont nécessairement causés par le stress professionnel. Une telle conclusion nécessiterait des analyses plus approfondies.
Une question centrale : comment construire un environnement professionnel protecteur ?
L’intérêt de cette étude dépasse les seuls chiffres.
Elle rappelle qu’une organisation peut disposer de travailleurs globalement en bonne santé tout en présentant simultanément une proportion de personnes confrontées à des difficultés psychologiques, physiques ou liées au stress.
La santé au travail devrait donc être envisagée comme une démarche préventive et continue, plutôt que comme une intervention uniquement lorsque les difficultés deviennent importantes.
Pour les institutions, cela peut notamment signifier renforcer l’écoute des travailleurs, améliorer la communication professionnelle, identifier les sources de stress et développer des mécanismes d’accompagnement adaptés.
Pourquoi cette recherche reste pertinente ?
L’étude de Gansou et de ses collègues date de 2018-2019, mais sa problématique reste d’actualité : comment protéger la santé mentale des personnes dans leur environnement professionnel ?
Cette question concerne aussi bien les administrations publiques que les entreprises privées, les établissements scolaires, les universités et les organisations non gouvernementales.
La santé mentale au travail ne devrait pas être considérée comme une question secondaire. Elle touche directement la qualité de vie des travailleurs et, plus largement, le fonctionnement des organisations.
Ce que l’étude ne dit pas
Il serait cependant excessif de transformer ces résultats en affirmation selon laquelle « le travail rend malade ».
L’étude est transversale : elle observe une population à un moment donné. Elle permet de mesurer des indicateurs et de mettre en évidence certaines tendances, mais elle ne permet pas d’établir avec certitude une relation causale entre une condition professionnelle particulière et un problème de santé.
De plus, les participants ont été sélectionnés par convenance, ce qui limite la possibilité de généraliser automatiquement les résultats à tous les travailleurs du MESRS ou à l’ensemble des travailleurs béninois.
Ces limites n’enlèvent rien à l’intérêt de la recherche : elles indiquent simplement comment ses résultats doivent être interprétés.
À retenir
- L’étude de Grégoire Magloire Gansou et ses collaborateurs fournit un éclairage intéressant sur la santé des travailleurs du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique au Bénin.
- Sur 348 travailleurs étudiés, la majorité présente des indicateurs favorables de santé générale, psychologique et physique. Toutefois, des proportions significatives se situent dans des catégories moyennes ou mauvaises, notamment concernant la santé psychologique, le stress et les symptômes psychosomatiques.
- Le principal enseignement est donc clair : la performance d’une organisation ne peut être durablement dissociée de la santé et du bien-être de ceux qui y travaillent.
Au Bénin comme ailleurs, intégrer davantage la santé mentale et la prévention des risques psychosociaux dans la gestion des ressources humaines constitue ainsi un enjeu important pour les organisations contemporaines.
