Le travail n’est pas seulement une affaire de salaire, de compétences et de performance. Il est aussi un espace de relations humaines. La qualité des rapports entre collègues, le respect mutuel et la confiance peuvent-ils influencer le bien-être professionnel ? Une recherche menée à Cotonou par le psychologue et enseignant-chercheur béninois Tata Jean Tossou apporte des éléments de réponse.

relation au travail

Une question au cœur de la vie professionnelle

Nous passons une partie importante de notre vie au travail. Nous y rencontrons des collègues, des responsables, des collaborateurs et parfois des personnes avec lesquelles nous devons coopérer quotidiennement.

Dans cet environnement, les relations humaines peuvent être déterminantes.

Que se passe-t-il lorsqu’un salarié se sent respecté par ses collègues ? Que peut provoquer, au contraire, un climat marqué par la méfiance, les tensions ou l’irrespect ?

C’est autour de ces questions que s’inscrit la recherche de Tata Jean Tossou, intitulée Relation interpersonnelle : nœud de la réussite et élément du bien-être en milieu professionnel dans la commune de Cotonou-Bénin.

L’article, publié dans la revue ACaref en 2023, s’intéresse précisément au rapport entre relations interpersonnelles, réussite professionnelle et bien-être au travail.

Une recherche menée à Cotonou

Pour mener son étude, Tata Jean Tossou s’est intéressé à des acteurs du monde professionnel dans la commune de Cotonou.

L’étude a porté sur 110 interlocuteurs. Le chercheur indique avoir mobilisé notamment la méthode boule de neige et la méthode du choix des itinéraires, avec des techniques d’entretien pour recueillir les données.

L’objectif était de comprendre comment les relations entre les personnes au travail peuvent contribuer à la réussite professionnelle et au bien-être des travailleurs.

Cette démarche est particulièrement intéressante dans le contexte béninois, où les relations sociales, la proximité et les dynamiques collectives occupent une place importante dans la vie professionnelle.

Respect et confiance : deux éléments essentiels

L’un des principaux enseignements de l’article concerne deux dimensions fondamentales des relations professionnelles : le respect mutuel et la confiance.

Pour Tata Jean Tossou, une relation interpersonnelle professionnelle de qualité ne repose pas uniquement sur la collaboration technique. Elle implique également la reconnaissance de l’autre et la possibilité de travailler dans un climat de confiance.

Cette observation peut sembler évidente. Pourtant, ses conséquences sont importantes.

Un salarié qui se sent respecté peut davantage se sentir reconnu dans son environnement professionnel. À l’inverse, l’irrespect répété ou la méfiance peuvent dégrader progressivement le climat relationnel.

Le chercheur relève ainsi que l’irrespect et le manque de confiance peuvent affecter le climat relationnel et avoir des répercussions sur le rendement des entreprises.

Quand les mauvaises relations deviennent un problème professionnel

Les conflits au travail ne sont pas nécessairement mauvais en eux-mêmes. Une divergence d’opinions peut parfois permettre de faire émerger de nouvelles idées ou de corriger certaines erreurs.

Le problème apparaît lorsque les tensions deviennent fréquentes, personnelles ou difficiles à réguler.

Un environnement dans lequel les personnes se méfient constamment les unes des autres peut favoriser une atmosphère professionnelle négative.

À terme, le travailleur peut avoir davantage de difficultés à coopérer, à communiquer ou à se sentir à sa place dans l’organisation.

La recherche de Tossou invite donc à considérer la relation interpersonnelle comme une dimension psychologique et organisationnelle, et non comme une simple question de sympathie entre collègues.

Le bien-être au travail ne dépend pas uniquement du salaire

Lorsqu’on parle de bien-être professionnel, la rémunération constitue naturellement un élément important. Mais elle n’est pas le seul facteur.

Le sentiment d’être respecté, la qualité des relations avec les collègues, la confiance envers les responsables et la possibilité de travailler dans un environnement relationnel sain participent également à l’expérience professionnelle.

La recherche de Tata Jean Tossou s’inscrit précisément dans cette perspective : le bien-être au travail possède une dimension relationnelle.

Une organisation peut donc disposer de bonnes infrastructures et offrir des conditions matérielles relativement satisfaisantes tout en connaissant un climat social difficile si les relations entre les personnes sont mauvaises.

Une relation professionnelle saine favorise-t-elle la réussite ?

L’article établit également un lien entre la qualité des relations interpersonnelles et la réussite professionnelle.

La coopération est difficile lorsque la confiance est absente.

Dans une équipe, les travailleurs doivent partager des informations, coordonner leurs actions, demander de l’aide et parfois reconnaître leurs erreurs. Ces comportements nécessitent un minimum de sécurité relationnelle.

Un climat de confiance peut donc faciliter la communication et la coopération.

À l’inverse, lorsque les collaborateurs craignent constamment le jugement, la critique ou la trahison, ils peuvent être moins enclins à partager leurs idées ou à solliciter leurs collègues.

Le problème n’est alors plus uniquement individuel : il peut affecter le fonctionnement collectif de l’organisation.

Une contribution béninoise à la psychologie du travail

L’un des intérêts de cette recherche réside également dans son ancrage local.

Une grande partie des connaissances sur le bien-être au travail provient de recherches conduites en Europe ou en Amérique du Nord. Les travaux réalisés dans les contextes africains permettent d’enrichir la compréhension des phénomènes professionnels à partir des réalités sociales et culturelles locales.

En étudiant les relations interpersonnelles dans le contexte de Cotonou, Tata Jean Tossou contribue ainsi à documenter les enjeux psychosociaux du travail au Bénin.

Cette perspective est particulièrement importante à une époque où les entreprises accordent une attention croissante aux risques psychosociaux, à la qualité de vie au travail et à la santé psychologique des salariés.

Ce que cette recherche peut apporter aux managers

Les résultats présentés dans l’article peuvent également intéresser les responsables d’organisations.

La gestion d’une équipe ne consiste pas uniquement à distribuer des tâches et à contrôler les résultats.

Elle implique aussi de créer les conditions permettant aux personnes de travailler ensemble.

Quelques principes apparaissent particulièrement importants :

Premièrement, développer le respect dans les échanges.

Une remarque professionnelle peut être formulée sans humiliation ou dévalorisation.

Deuxièmement, renforcer la confiance.

Les collaborateurs doivent pouvoir communiquer leurs difficultés sans craindre systématiquement des conséquences négatives.

Troisièmement, favoriser le dialogue.

Les tensions qui ne sont jamais discutées peuvent progressivement détériorer les relations.

Quatrièmement, reconnaître les contributions.

Le sentiment d’être utile et reconnu peut participer à une expérience professionnelle plus positive.

Une étude à lire avec nuance

Comme tout travail scientifique, cette recherche doit être interprétée dans les limites de sa méthodologie.

L’étude porte sur 110 interlocuteurs dans la commune de Cotonou. Ses résultats ne permettent donc pas, à eux seuls, de représenter l’ensemble des travailleurs béninois ni toutes les organisations du pays.

De plus, établir une association entre qualité des relations et bien-être ne signifie pas nécessairement qu’un seul facteur explique à lui seul la réussite professionnelle.

Le bien-être au travail dépend d’un ensemble de variables : conditions de travail, rémunération, charge professionnelle, autonomie, management, sécurité de l’emploi, environnement social et caractéristiques individuelles.

L’intérêt de l’article est précisément de rappeler que la dimension relationnelle constitue l’une des pièces du puzzle.

Et si la santé mentale au travail commençait aussi par la qualité des relations ?

La recherche de Tata Jean Tossou permet finalement de déplacer le regard.

Lorsqu’une entreprise parle de performance, elle pense souvent aux objectifs, aux résultats et aux indicateurs.

Mais derrière chaque résultat se trouvent des personnes qui travaillent ensemble.

La manière dont elles se parlent, se respectent, se font confiance et gèrent leurs désaccords peut contribuer à créer un environnement professionnel favorable — ou, au contraire, difficile.

La santé mentale au travail ne se résume donc pas à l’absence de maladie psychologique. Elle concerne également la possibilité d’évoluer dans un environnement où les relations professionnelles permettent de travailler avec suffisamment de respect, de confiance et de sécurité.

La performance d’une organisation se mesure certes par ses résultats. Mais la qualité des relations qui permettent d’obtenir ces résultats mérite elle aussi d’être prise au sérieux.

Ce qu’il faut retenir

  • Les relations interpersonnelles constituent une dimension importante de la vie professionnelle.
  • La recherche de Tata Jean Tossou a porté sur 110 interlocuteurs à Cotonou.
  • Le respect mutuel et la confiance apparaissent comme des éléments essentiels des bonnes relations professionnelles.
  • L’irrespect et le manque de confiance peuvent contribuer à détériorer le climat relationnel.
  • Un mauvais climat relationnel peut avoir des répercussions sur la coopération et le fonctionnement professionnel.
  • Le bien-être au travail ne dépend pas uniquement des conditions matérielles ou financières.
  • Les relations humaines doivent également être considérées dans les politiques de prévention des difficultés psychosociales au travail.
Référence bibliographique

Tossou, T. J. (2023). Relation interpersonnelle : Nœud de la réussite et élément du bien-être en milieu professionnel dans la commune de Cotonou-Bénin. Revue Internationale des Sciences et Technologies, 3(?), [pages non précisées dans la source consultée].

Article scientifique consulté : Version publiée de l’article de Tata Jean Tossou